Ratification de l’accord UE-Mercosur : un “déni de démocratie” ?

L’accord UE-Mercosur, promouvant le libre-échange entre des pays sud-américains et les membres de l’UE, a vu une nouvelle étape se franchir ce 5 mars. Malgré cela, cet accord si controversé en Europe est remis en cause par le Parlement européen.


I.  Un accord toujours pas approuvé  

Après plus de 25 ans de pourparlers, l’accord favorisant le commerce international, la balance extérieure de l’UE et ses relations interrégionales, a été signé par la Présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, le 17 janvier 2026. Bien que le Parlement européen ait saisi la Cour de justice de l’union européenne (CJUE), le 21 janvier, quant à la conformité du traité, cette signature a été réalisée en vertu des pouvoirs exécutifs qui lui sont conférés.

Les récentes manifestations de la Coordination rurale et de nombreux agriculteurs en France et en Belgique montrent un profond désaccord populaire envers la convention interrégionale.

Et en dépit de cela, la Présidente poursuit le 27 janvier sa démarche en promulguant l’application provisoire du pacte. Emmanuel Macron déplore une “mauvaise surprise” et un manque de respect envers le Parlement européen, devant le public du Salon de l’Agriculture. “C’est un déni de démocratie” affirme le président de la FNSEA Arnaud Rousseau. “La Présidente de la Commission [européenne], Mme von der Leyen, s’assoit sur le Parlement de manière très claire, et d’ailleurs aussi sur la Cour de justice de l’Union européenne”, a aussi réagi du Salon de l’Agriculture Arnaud Rousseau, président de la FNSEA.

II. Le combat des agriculteurs pas encore terminé 

L’accord UE-Mercosur a été longuement remis en cause pour son impact sur l’agriculture locale, notamment en matière sanitaire et de concurrence. 

D’un côté, les normes sanitaires des pays du Mercosur étant moins exigeantes, des risques d’importation de maladies ont été prouvés.« Pour l’exportation vers l’UE, la traçabilité des bovins n’est exigée que dans le dernier élevage et seulement 40 jours avant abattage », ce qui constitue « un frein à des contrôles efficaces, notamment parce que les bovins transitent entre de nombreuses exploitations pendant leur élevage », expliquait l’Idele (Institut de l’élevage) en 2024.

Cependant, « dire qu’on va se faire envahir de bœuf aux hormones est faux », affirme à Franceinfo Charlotte Emlinger, économiste au sein du Centre d’études prospectives et d’informations internationales (Cepii). Elle rappelle que« les accords commerciaux sur les droits de douane ne réduisent pas les normes sanitaires aux frontières ».

De l’autre, une concurrence déloyale fracturant l’agroalimentaire européen pourrait arriver. Baptiste Buczinski, agro-économiste à l’Idele, prévient « Ce type de morceaux [de viande] structure les prix du marché, donc si on importe à bas prix, il y a un risque conjoncturel de faire baisser le prix du marché européen et, de fait, le prix payé aux éleveurs ».

La saisine de la CJUE rend ce traité toujours révocable. En effet, son jugement rendu d’ici 12 à 18 mois, de nombreux agriculteurs protestent toujours, même si ce n’est plus dans les rues de Paris comme en janvier.

On constate assez vite que les désaccords au sein de l’Union européenne posent une question sur la démocratie. La démocratie nationale doit elle s’éteindre au profit de la démocratie européenne perdant ainsi sa souveraineté.

Mais alors qu’en est il pour les pays membres du Mercosur ?

III. Un accord défendu par l’Amérique du Sud

Contrairement aux pays de l’Union européennes, ceux d’Amérique latine sont dans une large mesure favorable à cet accord. Le Paraguay a ratifié l’accord UE-Mercosur le 17 mars 2026 alors qu’il était le dernier pays à ne pas l’avoir ratifié. Le bloc sud-américain (composé de l’Argentine, de la Bolivie, du Brésil, du Paraguay et de l’Uruguay) est donc prêt à appliquer cet accord. Témoignant de l’attachement apporté à cet accord par les membres du Mercosur.   

En effet, ils voient cet accord comme une opportunité pour l’économie de leur pays. Certains secteurs d’activités comme les céréales, le sucre, ou encore l’éthanol vont trouver en Europe des débouchés impressionnants garantissant aux pays membres du Mercosur d’accroître leur compétitivité mondiale. De plus, la réduction des tarifs douaniers pour des produits provenant de l’Union va permettre aux habitants du Mercosur d’avoir accès plus facilement à certains produits comme le vin ou les voitures. On comprend alors assez aisément que cet accord représente pour ces pays un enjeu majeur pour leur croissance. À tel point que pour favoriser la ratification de cet accord, ils ont accepté de rajouter certaines clauses notamment environnementales pour faire face aux inquiétudes des européens.

Finalement, l’accord de libre échange entre deux mastodontes de l’économie mondiale provoque débats et oppositions au sein des États-membres de l’UE.

Tandis qu’il reçoit un large soutien en Amérique latine. Et bien que provisoirement appliqué, le long processus n’est pas terminé.

IPPOLITO Matteo, MERIAUX Cyprien et MOTTE William

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